Le Château des Singes

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Le château des singes

Le Château des Singes

Animation des années 70 pour les uns, scénario des plus réfléchis pour les autres, le Château des Singes a divisé l’opinion de son public. Pourtant le résultat est réussi ; il n’y a qu’à voir la fluidité de l’animation, les superbes décors, une musique et des chansons au poil, une histoire palpitante et un humour omniprésent. Bien sûr, le film ne serait pas un chef-d’œuvre, s’il n’était pas la métaphore des dangers de notre société, comme le fanatisme religieux, la dénonciation et la xénophobie. Mais commençons par le début de cette histoire.

 

Donjons and Monkeys

Notre histoire commence dans un temps ancien où l’homme n’était encore qu’un singe et peuplait la planète. A la suite d’un cataclysme, nos ancêtres sont séparés en deux tribus. Les Woonkos, qui vivent dans les arbres et sont terrifiés par le vide, et par les Lankos, ceux d’en bas, qui vivent sur terre et qui sont, quant à eux, plutôt effrayés par l’eau.

Le héros de cette aventure, Kom, est un singe adolescent vivant dans les hauteurs. D’un caractère plutôt gouailleur et critique, et qui ne se satisfait pas des sentences maintes fois répétées par ces maîtres. Comme quoi ce qui est en haut est bon, ce qui en bas est mauvais. Notre héros, particulièrement sceptique et irrésistiblement attiré par le bas, finit par y tomber accidentellement.

Recueilli par un roi ambigu mais finalement débonnaire, et pris en affection par une charmante servante, il y apprend les habitudes locales comme le fait que les autochtones cachent leurs oreilles, et les conflits et complots qui s’y trament. Il vivra de nombreuses aventures, apprendra des autres autant qu’il leur apprendra, avant de retrouver ceux d’en haut, et de réunifier les deux tribus.

Mais rassurez-vous, bien d’autres surprises parsèment cette histoire, et ce synopsis n’est qu’un maigre résumé de toutes les péripéties de Kom et de ses congénères. Autant dire que le Château des Singes, qui a nécessité quatre ans de travail, n’engendre pas la mélancolie, et ne laisse que peut de place à l’ennui. En outre, ce scénario, d’une infinie richesse, touchant même parfois à la philosophie, n’hésite pas à aborder sous des apparences simples et amusantes, des thèmes aussi importants que l’exclusion, l’adolescence, l’humour, l’apparence ou l’humanisme. Et telle n’est pas la moindre de ses qualités que de nous laisser imaginer qu’à chaque âge, chacun en aura une lecture différente, et que ce film pourra captiver tous les publics, mais pour des raisons différentes.

 

La comparaison avec un autre chef-d’œuvre

Sur un plan artistique, le triomphe critique et public de Kirikou et la sorcière, fait que l’animation franco-européenne doit désormais se diviser entre un avant Kirikou, et un après Kirikou. Or, le Château des Singes appartient à la deuxième catégorie, et si la comparaison avec Kirikou a tendance à être en sa défaveur, même si cela est discutable, c’est que c’est plutôt du côté du Roi et l’Oiseau ou de la Bergère et le Ramoneur de Paul Grimault qu’il faut chercher ses parentés.

Moins coloré, un peu moins soigné que l’histoire du vaillant bébé africain, le Château des Singes est indubitablement plus artisanal avec peu d’images de synthèse, mais de séduisants paysages en relief. Beaucoup plus classique, l’équipe a utilisé la technique du cellulo peint à la main et tourné, avec les décors, image par image sur un banc titre. Mais aussi plus naturel que le joli film de Michel Ocelot.

Les primates à l’œuvre !

A la réalisation de notre long-métrage, nous trouvons Jean-François Laguionie qui a aussi scénarisé et réalisé les story-boards. Mais parlons plus en détail de ce grand monsieur de l’animation française, tout droit sorti de l’école des arts appliqués. Il rencontre, grâce à son condisciple Jacques Colombat, un autre grand maître de l’animation : Paul Grimault. Lequel le prendra comme élève et produira ses premiers films.

Jean-François Laguionie, pour son histoire, s’est inspiré d’une œuvre littéraire d’Italo Calvino nommée Le Baron Perché. Il réalisera des milliers de croquis, prémices de l’histoire du Château des Singes. Le long-métrage aura nécessité 100 000 images, une équipe d’une centaine de personnes et un budget de 6.5 millions d’euros. Dans l’équipe nous retrouvons Hubert Chevillard qui avait animé sur la série Moi Renart, ainsi que Pénélope Paicheler qui bossera avec nos deux autres personnages sur Pantin la Pirouette. Aux musiques, nous trouvons Alexandre Desplat, qui a, entre autres, fait les musiques de la série Pif et Hercule de 1989.

Une belle chorale de singes

Ce côté artisanal se retrouve aussi au niveau de l’ambiance sonore du film, où, les voix de Pierre Arditi, Nadia Fares, Jean Piat ou Patrick Préjean, la musique et les chansons ont un petit côté amateur. Mais qui est loin d’être dénué de charme. Dans le même ordre d’idées, on prendra précisément beaucoup de plaisir à reconnaitre qui et qui ; et Michael Lonsdale, interprétant une chanson, contribue à l’humour et au côté rebel du film de Jean-François Laguionie.

En résumé, en respectant avec brio une tradition du dessin animé à l’ancienne, le Château des Singes est un formidable spectacle adulte, drôle, intelligent, et beaucoup plus profond que la moyenne des productions actuelles. Petits et grands devraient y trouver un plaisir différent dont la confrontation ne pourra qu’être source d’enrichissement mutuel.


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Nico

Auteur des articles, c'est une vraie encyclopédie à lui tout seul ! Passionné de BD, mangas, japanimation, depuis sa plus tendre enfance. Biberonné dès son plus jeune âge par les émissions jeunesse comme Récré A2 et le Club Dorothée. Voulant faire profiter le public profane autant que les experts, notre auteur a toujours eu à l’esprit de transmettre son savoir encyclopédique sur les dessins animés, au plus grand nombre. Son anime préféré n’est autre que Neon Genesis Evangelion du studio Gainax, qui reste pour lui une œuvre charnière, dans le sens où elle lui permit de découvrir l’immensité de l’univers du dessin animé japonais.

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