Et si on voyageait sur un Chateau Ambulant ?

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Le Château Ambulant

En tant que fan d’animation et de dessins animés, je ne vois jamais un film de Miyazaki comme un autre. Pendant le temps du visionnage, on fait l’éponge, on s’émeut, on hésite même sur les significations de certains passages.

Le Château Ambulant ne fuit aucunement à cette règle. On a trop tendance à l’oublier, mais la plupart des films de Miyazaki sont inspirés de romans pour enfants, et le Château ambulant n’échappe pas à cette vérité.

Le titre original est Howl’s moving castle écrit en 1986 par Diana Wynne Jones, grande auteur britannique de livres pour enfants, titre que porte également le film à l’international. Il a été traduit dans la version littéraire, en France, sous le titre le Château de Hurle.

L’histoire d’un Château émouvant

Ce que nous raconte cet intrigant Château ambulant, c’est l’histoire de Sophie. Jeune femme plutôt quelconque, brune, qui exerce le beau métier de chapelière. Elle s’entend très bien avec sa sœur qui travaille comme vendeuse dans une boulangerie. Un jour, alors qu’elle se rend chez cette dernière, Sophie croise la route d’un mystérieux jeune homme qui l’entraîne malgré elle au-dessus des toits. Il s’agit de Hauru, un magicien qui vit en marge de la ville dans un château ambulant. Réputé voleur de cœur, Hauru recueillera Sophie après que celle-ci a été victime d’une malédiction de la Sorcière des marais qui l’a transformée en vieille femme. Les ennuis et les aventures ne font que commencer, avec en toile de fond une guerre monstrueuse et destructrice qui s’étend à travers le monde.

Un air de nostalgie pour une joie plaisante

Magie, personnages attachants, univers coloré et baroque, mise en scène propre, musique envoûtante. Tous les ingrédients des films de grand maître sont réunis ici. Mais également des motifs et éléments tirés de ses précédents films.

Les bombardiers viennent tout droit de Nausicaä, les bateaux et les engins volants de Porco Rosso et de Laputa, le village et la maison où vit Sophie rappelle fortement celle de Kiki la Petite Sorcière avec notamment sa cour intérieure,  les cimes où évoluent le château est le territoire aride de Mononoké.

Les hommes caoutchouc de la sorcière des marais semblent sortir du voyage de Chihiro, une paire de plans renvoient aux envolées magiques de Totoro au-dessus de sa forêt. mais le jeu ne consiste pas à se dire que Miyazaki s’est contenté de faire un film patchwork, qu’il s’est complété dans l’autocitation satisfaite, même si c’est la première impression, fausse, qui pourrait venir en sortant de la salle. Et même s’il faut reconnaître, sans la dévoiler, que la fin est un peu faible. Le talent du maître n’a pas perdu de sa superbe sur l’ensemble du film. Son présent, de véritables moments de grâce qui ponctuent le récit et l’interaction est toujours magique entre les personnages.

ar rapport à l’héroïne Sophie, dont l’étymologie du nom renvoie à la sagesse et la science, il y a une évidente filiation avec certaines héroïnes de Miyazaki, Chihiro et Kiki en tête. Sophie, comme une grande sœur. Dans le film qui porte son nom, Kiki passe de son état de petite fille à celle de jeune femme par l’adoubement du travail et la confirmation de sa vocation magique.

Le récit  de son évolution fait écho à celui du Voyage de Chihiro, laquelle se retrouve prisonnière d’un hôtel de bain pour Yokai ou Chihiro devra faire ses preuves pour sauver ses parents transformés en cochons.

Dans le Château ambulant, Sophie rencontre l’amour avec l’étrange et beau magicien Hauru et s’émancipe en tant que femme, alors qu’elle a déjà un métier et est installée socialement. Point commun à ces trois filles, elles doivent passer toutes trois par un état nouveau et provisoire pour avancer. Kiki doit simuler la normalité dans sa ville d’adoption pour être acceptée, Chihiro doit changer de nom pour exister au sein de l’établissement de la sorcière Yubaba et Sophie devient  une grand-mère malicieuse mais fragile à cause d’un sortilège. C’est dans la force de caractère  et leurs capacités à surmonter les pires épreuves que ces héroïnes recouvreront leur identité propre.

 

Les multiples angles du troisième âge

Il n’ya que Miyazaki pour oser faire une histoire, où l’on suit une jeune femme transformée en mamie et faire de la vieillesse le masque de son héroïne. Cette audace fait en tout cas  un chouette pied-de-nez aux règles qui veulent  que seule la jeunesse triomphe et tienne le haut de l’affiche. Il ne faut pas prendre ici la vieillesse dans son sens purement physique, mais davantage comme l’état le plus proche de la mort, de l’arrêt de l’activité, représentée par la fatigue et la difficulté de se mouvoir.

La vieillesse simule aussi la disparition de la beauté, fausse idée qui prendra la sorcière des marais à son propre piège quand elle sera obligée de dévoiler son véritable aspect. Sophie fait une vieille dame charmante et grâce à sa richesse de cœur et son enthousiasme, parvient à retrouver son aspect  de jeune femme et à surmonter son ensorcellement.

C’est une véritable belle idée de la représenter plus ou moins jeune selon son état d’esprit, et c’est un incroyable tour de force de sentir l’énergie qui meut la jeune femme malgré ses différentes conditions. Miyazaki, nous dit au travers de son héroïne que peu importe l’enveloppe, c’est la jeunesse du cœur qui fait tout.

Le crépitement de fin du Château ambulant 

Si l’on peut considérer le Voyage de Chihiro comme le film qui marquait le début de siècle par une sorte d’appel au rêve, à l’imaginaire et à la capacité à s’appuyer sur le spirituel pour grandir, le Château ambulant présente une vision nettement plus sombre du monde et donne dans le même quelques clés pour se prévaloir des ténèbres, ici incarnées par la menace guerrière et la dévastation militaire.

Hasard ou pas, il est difficile de ne pas prendre le film sans faire un lien avec l’actualité. La guerre présentée dans le film n’est absolument pas expliquée, c’est-à-dire qu’on ne sait pas quels sont ses motifs. Miyazaki prend le temps en revanche de montrer l’enthousiasme naïf des citoyens à encourager ses soldats. Il met la même application à présenter la débâcle pitoyable des mêmes, devant une foule stupéfaite.

La guerre est présentée ainsi avant tout comme facteur de destruction, qui dépasse le commun des mortels, et, comme on l’apprend à la fin du film, n’est qu’une espèce de jeu entre magiciens, au déni de toute considération humaine. Autrement dit, elle se résume à une distraction entre puissants, pour des enjeux qui nous échappent, et cela rappelle fortement nos guerres modernes.

Le Château ambulant, personnage à part entière, est un havre de paix et de joie, bordélique mais chaleureux, et son enchevêtrement d’éléments qui le fait ressembler à une décharge sur pattes, réunit des morceaux de canons, de maisons, de bateaux et même des cheminées d’usine. Il est la métaphore de la civilisation à travers ses progrès techniques.

Enfin les multiples allusions de Miyazaki à ses œuvres passées peuvent dès lors se concevoir comme un message, qui pourrait se formuler ainsi ; la guerre détruit tout, et si on ne sait pas s’allier par la force du cœur, tout ce que l’on aime est voué à la destruction. C’est sur ces bons mots du maître que nous prenons congés de vous cher animefans.

Pour aller plus loin…

Recherches utilisées pour trouver cet article :ethymologie hauru
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