Daria, l’héroïne pas comme les autres

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Daria

C’est par un bel après-midi du mois de février 1998, que le public Français découvrait une étudiante chaleureuse, pimpante et boute-en-train nommée Daria.

Non je déconne, en réalité Daria est l’étudiante la plus blasée et désillusionnée de l’univers. Il faut dire qu’elle n’est pas très gâtée question entourage. Dans cet article, nous disséquerons cette dimension « teenage » qui fait exception à la règle.

Apparue pour la première fois dans Beavis and Butthead à Highland Hight, Daria Morgendorffer une élève parmi tant d’autres, une figurante de second plan, a réussi en une poignée d’épisodes à retenir l’attention de son créateur, Glenn Eichler, qui lui consacre une série en la faisant déménager à Lawndale, sorte de copier coller de la ville de Springfield.

Afin de tourner la page Beavis and Butthead et, sans doute, pour répondre au cahier des charges de MTV, Glen Eichler offre à Daria un nouvel univers graphique très simple et épuré. Les personnages sont très géométriques entourés de sertis noirs. Ils apparaissent les trois quarts du temps de face sur des décors qui semblent plats, sans profondeur, sans doute à cause de l’utilisation limitée d’effets d’ombre ou de l’absence de variation de couleur.

Puis il entoure Daria d’une galerie de personnages à part entière, chacun représentatif d’un vice particulier de l’Amérique profonde, amplifié à son maximum. Daria va donc évoluer et même changer. Nous la suivrons tout au long des cinq saisons de 13 épisodes chacune, sachant que les  saisons 4 et 5 se clôturent avec un film.

Une étudiante à succès

Daria, c’est une critique de la société avec vue imprenable sur les travers et les faiblesses des individus. La vie quotidienne d’un bled de paumés passée au crible par deux étudiantes à peine moins atteintes.

Daria Morgendorffer intelligente chronique, sociophobe et pizzaphile, qui répond au doux surnom de « tronche d’alien » et collectionne les squelettes hydrocéphales ; et sa copine Jane, l’artiste incomprise qui utilise des nounours en gélatine comme matière première pour ses créations. Deux âmes sœurs réfractaires à la bêtise humaine.

Avec autour d’elles, l’enfer, parce que c’est bien connu, l’enfer, c’est les autres. Ils sont venus, ils sont tous là, tous ces cas pathologiques venus de Lawndale ou d’ailleurs. Le père hystérique et infantile, la mère obsédée par sa réussite professionnelle, le professeur à l’œil injecté et sa névrose d’échec, le pédagogue dégoulinant, la directrice garde-chiourme, la féministe revancharde, c’est encore mieux que l’antichambre de  votre psy.

Durant les trois premières saisons, chaque épisode à la galerie de personnages bien fournie est le prétexte à un réquisitoire contre la bêtise sous toutes ses formes diverses et variées. Tout y passe, la société de consommation, l’élitisme, le racisme, la presse féminine, la vénération d’idoles préfabriquées, le football, la chirurgie esthétique.

Tout ceci, bien sur, vu au travers des petits problèmes quotidiens, familiaux et affectifs des deux adolescentes. Ajoutons à cela des réparties et un humour aussi piquant que le graphisme est plat, ainsi que la qualité et la justesse du doublage. Voilà de quoi mettre d’accord tous les fans de la série.

Triste monde tragique : Polémiques et mécontents

Avec la quatrième saison, c’est l’arrivée du personnage le plus controversé de la série, Tom, le petit ami de Jane, puis de Daria, qui mettra en péril l’amitié des deux amies durant quelques épisodes, orientant davantage la série vers les relations à l’intérieur de ce triangle amoureux. Mais ce nouveau protagoniste va surtout déchainer les foudres des fans inconditionnels de Daria.

S’en est suivit une focalisation excessive sur un personnage annexe, qui menaçait de tourner à l’obsession pour des fans partageaient. Tom est-il un véritable good guy ou bien un félon infâme ?

Tous les coups sont permis au hit parade du bon goût, certains sont même allés jusqu’à créer un site Anti-Tom, proposant aux amateurs du genre un Tom crucifié subissant les pires outrages de la main de nos deux héroïnes au regard très complice.

Il faut dire que le personnage de Daria était devenu une icône pour la communauté lesbienne de par son discours féministe, fait étrange de par son attitude dans les premières saisons avec Trent. La récupération du personnage et du discours de Daria par la communauté lesbienne qui fantasmait allègrement sur la nature des relations entretenues par les deux amies, pourrait peut-être expliquer en partie les violentes réactions suscitées par ce gêneur de Tom.

On n’en reste pas moins étonné de la virulence des détracteurs et des défenseurs d’un personnage dont l’intérêt et le caractère propre restent très limités, gentil garçon, plutôt cultivé, un peu trop équilibré, il tiendrait difficilement sa place dans la série s’il n’était « le petit ami de ».

Certains n’en finissent pas de lui trouver les pires défauts, hypocrite, comploteur, fourbe. Au final, son seul défaut était en fin de compte la médiocrité de l’écriture du personnage, face à des personnalités aussi marquées que le duo Daria and Jane. En réalité, le problème se situe sur un autre terrain que le débat stérile et récurrent sur les orientations sexuelles de Daria.

La fin d’une fille engagée !

Indépendamment de ses qualités et de ses défauts propres, la série Daria se finira au bout de cinq saisons et d’un second film faisant office de dernier épisode. Ce qui m’aura beaucoup plu moi dans Daria ; ce sont les parodies et les clins d’œil.

Parmi les annales, nous trouverons des épisodes aux titres assez explicites comme Le café des poètes disparus, les Daria Files, la Fureur d’écrire. Néanmoins, Faisons un rêve restera un de mes chouchous. Nous découvrons notre chère héroïne en détective, enquêtant sur la mort de Kevin, habillée en chemise hawaïenne à la Magnum et Jane jouant le rôle d’Higgins, celles-ci accompagnées par les Drôles de dames en les personnes de Quinn et ses copines du club de mode.

Au bout du compte, Daria n’est peut-être pas une de ces séries teenage représentative de la jeunesse d’aujourd’hui. Daria est sans doute avant tout une simple série humoristique, qui prend cependant un malin plaisir à faire l’inventaire de tabous ou des problèmes de société afin de nous faire réfléchir un peu dessus, sans jamais tomber dans le vulgaire ou l’inadmissible.

Quelques irréductibles penseront que l’attachement à un tel personnage est impossible, mais c’est là que la magie de la série opère. On rentre très vite dans son jeu, et on est surpris de se délecter d’un sarcasme totalement impulsif de Daria ou de Jane. Elle aura animé nos vies un peu morose, nous pliant en deux et tordant notre cerveau tout autant à réfléchir sur notre existence et l’avenir de notre monde.

 

Pour aller plus loin…


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