Saint Seiya, les Chevaliers du Zodiaque

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Un peu d’histoire

Cela fait maintenant un bail que Masami Kurumada débuta dans la maison d’édition Shûeisha avec la revue Shônen Jump, ou il fit la pré-publication dès 1986 du manga Saint Seiya. Il commença à dessiner dès 1974 et connaîtra ses premiers succès avec les 25 volumes d’une série sur la boxe intitulé Ring ni kakero. En 1982 il réalisa les 10 tomes de Fûma no Kojirô dont les OAV (vidéos d’animation pour les profanes) furent traduites en français. C’est alors qu’en 1986, une idée de génie viendra nourrir la passion de Kurumada pour l’affrontement de jeunes garçons maltraités par la vie, appartenant à une certaine élite guerrière et dotés de pouvoirs surhumains. Dans ce contexte déjà propice à attirer les lecteurs, Kurumada se plongea intensément dans la mythologie grecque et les grands récits guerriers du passé occidental. Il décida alors de recréer toute la splendeur révolue des grandes épopées et débuta sa guerre sainte en gardant à l’esprit le leitmotiv si commun aux mangas japonais : sauver la planète du mal !

Saint Seiya manga Shonen Jump 1986

Première parution du manga en 1986 dans le magazine Weekly Shonen Jump

Sachant que l’union fait la force et qu’il est plus intéressant et plus facile de captiver un large public en imaginant plusieurs héros aux caractères diamétralement opposés, Kurumada décida alors que ses héros seraient au nombre de cinq. Ayant inventé des personnages très humains et de profils très différents, il ne comprendra pas vraiment pourquoi son personnage principal, Seiya, ne sera jamais le préféré du public. De plus, Kurumada reprendra énormément les codes des séries sentai comme Bioman, Power Rangers puisqu’on retrouve les couleurs bleu, rouge, vert, orange, ainsi que rose pour les personnages. L’auteur n’aimant pas franchement mettre en avant des personnages féminins, il opta pour une personnalité sensible. Rappelez vous de Shun, ayant horreur de blesser ses ennemis et quelque peu androgyne ! A tel point que même les traducteurs français lui ont attribué une charmante voix féminine dans les tout premiers épisodes du dessin animé ! Il faut bien dire que le design et la personnalité du chevalier d’Andromède peuvent porter à confusion. Pourtant le manga, lui, n’est pas si catégorique. Shun est un homme doux qui préfère s’exprimer avec des mots plutôt qu’avec ses poings, comme un sage et jamais il n’agira de manière équivoque comme Misty du Lézard ou Aphrodite des Poissons. Il ressemble d’avantage à du Bélier ou Shaka de la Vierge.

D’un succès intarissable, le manga de 28 volumes durera cinq ans, de 1986 à 1990. Parallèlement, il fut adapté pour la télévision japonaise pour un total de 114 épisodes et s’achèvera en apothéose dantesque ! Dès 1988, c’est grâce au Club Dorothée que Les Chevaliers du Zodiaque nous est si familier ! Souvenez-vous !

 

Un savoir-faire dont Héphaïstos nous envie !

Relativement différent de l’anime, le manga semble plus logique et beaucoup moins brouillon, les explications venant petit à petit avec un suspense insoutenable. L’intrigue est parfaitement maîtrisée, faisant passer au second plan les gros défauts de dessin de Kurumada, dont le trait ne cessera de s’améliorer. Au début, les corps trapus de Saori (un véritable boudin) se feront plus souples et les attaques, anatomiquement douloureuses, se feront moins rigides. Les visages resteront pourtant désespérément figés de trois quarts. Le talent de Kurumada ne vient, certes, pas de la maîtrise de ses dessins mais plutôt de la grâce de ses mises en page. Les actes des héros sont sublimés par des fonds décoratifs représentant leur animal-totem où sous une voûte étoilée, la vitesse et la puissance des coups est traduite par des raies de lumière. L’échange virulent des attaques est amplifié par des typographies hérissées traversant les planches comme des poignards. Les bulles, elles aussi, sont dessinées de manière à transmettre les sentiments et on y croit !

Je ne saurais donc trop vous conseiller de ne plus être rebutés par les dessins maladroits, car si l’anime vous a passionné, le manga vous comblera et répondra à toutes vos questions restées sans réponses. Très vite, vous apprendrez à apprécier le trait de Kurumada et le soin minutieux qu’il a apporté dans la représentation de ses beaux visages, dans l’étude de la vraisemblance de ses armures ainsi que dans l’exécution de ses illustrations en couleur. Vous remarquerez également que les couleurs fantaisistes des chevelures des personnages d’Araki Shingo et Himeno Michi, les character designers de la série, n’existe pas pour le mangaka ! Et si le dessin animé fut déjà jugé violent par la censure, le manga n’est pas en reste, surtout lorsque Ikki projette la macabre illusion du Phénix.

 

Déesse de souffrance

Pour que se révèlent à nos yeux les personnalités des chevaliers de bronze et que l’on commence à s’attacher à eux, un premier combat fratricide débute sous l’égide de l’instigatrice des hostilités, symbole de l’amour de l’humanité pour sa terre nourricière : l’étrange Kido Saori. Pourquoi étrange ? Parce que, dès sa première apparition, elle ne peut-être que détestée ! Petite-fille de Kido Mitsumasa, elle maltraite les orphelins recueillis par son grand-père. Est-ce là la bonté et la miséricorde d’un dieu ? Non, pourtant, sa méchanceté sera peut-être le moteur qui révélera la hargne de vivre des héros, acceptant les pires souffrances pour sortir de leur condition et obtenir un statut d’être humain à part entière. Ce qu’ils réussiront fort bien puisqu’ils deviendront le dernier rempart de l’humanité !

Envoyés aux quatre coins du globe pour conquérir les armures de bronze, les enfants sont dirigés vers les lieux les plus susceptibles de leur convenir, mis à part Shun et Ikki, mais l’erreur sera vite corrigée. Le tirage au sort étant ainsi totalement invraisemblable, on est en droit de se demander s’il ne fut pas influencé par Athéna elle-même. Pourtant il s’agit tout de même de compétition puisque sur les 100 enfants, seuls dix en réchapperont ! De toute façon, il ne pouvait en être autrement puisqu’il n’existe que 88 armures dont celles en or, correspondant aux différentes constellations. On peut d’ailleurs s’étonner, vu leur nombre, que les héros ne se soient pas retrouvés confrontés les uns aux les autres. Plus ou moins traumatisés, les vainqueurs s’en sortent plutôt bien et leur fierté est sans bornes. A cette époque, Saori est toujours aussi froide et c’est à peine si elle détourne le regard pendant les combats du Colisée. Ceci est concevable dans l’anime car elle n’est pas consciente de sa véritable nature, mais dans le manga, elle sait pertinemment qu’elle est sa mission. On pourrait excuser sa conduite hautaine et insensible par le fait qu’elle est justement la déesse de la guerre, stratège au-dessus des mortels et qu’il lui faut absolument les meilleurs pour la soutenir dans la restauration de son prestige et de son commandement spolié par le Grand Pope !

Ici, tout est plus naturel car les chevaliers de bronze ne se laissent pas facilement attendrir, ils ne sont soumis que par la menace ou la curiosité. Ainsi, ils ne s’opposeront aux chevaliers noirs que pour comprendre ce qui est arrivé à Ikki et non pas pour simplement rapporter l’armure d’or à Saori qui est à l’origine de leur malheur. Peu à peu, leur amitié retrouvée les forcera à comprendre pourquoi leur ancien ami, Ikki, est devenue si mauvais, et pourquoi le sanctuaire qui leur a attribué les armures, veut à tout prix les récupérer sur leur cadavre ! Bientôt se révélera à leur esprit la terrible machination pour laquelle Saori les a tant fait souffrir, non plus pour sa personne, mais bel et bien pour l’humanité toute entière. Comment, lorsque l’on est si courageux, ne pas se lancer à cœur perdu dans l’aventure. Par son sacrifice, Saori rachète ses fautes et ne cessera de leur venir en aide, oubliant ses propres souffrances. Même déesse, elle ne sera jamais capable de combattre comme ses chevaliers, néanmoins elle utilise son cosmos à sa manière et participe activement à la seconde guerre contre Poséidon.

 

Une poignée de chevaliers pour Athéna

Rapidement, nous entrons dans le vif du sujet, puisque le premier affrontement au Colisée auquel nous assistons est prétexte à renouer l’amitié des héros. Très vite, une sélection s’opère chez les chevaliers de bronze : Nachi, Jabu, Ban, Geki et Ichi sont oubliés car leur personnalité peu fouillée les élimine dès les premiers épisodes et leurs réapparitions ne seront qu’anecdotiques. Destinés à révéler les pouvoirs des héros, leurs doubles noirs n’apparaîtront même pas ! Progressivement, les cinq principaux chevaliers de bronze, Seiya, Shiryû, Hyôga, Shun et Ikki vont se dévoiler dans leurs grands traits.

Le plus redondant étant certainement le pauvre Hyôga, chevalier du Cygne, qui a vraiment un caractère joyeux car vu la succession de malheurs qui lui sont arrivés et la perte continue des êtres qu’il aime, il aurait pu déprimer davantage. Tout d’abord, c’est son maître Camus (oui, comme Albert), chevalier du Verseau, qu’il devra éliminer, celui-ci voulant lui épargner des souffrances inutiles en l’affrontant pour son bien. Sans démordre de sa loyauté au Grand Pope, Camus va infliger à notre héros son ultime chagrin en détruisant la tombe de sa mère. Mais Hyôga devra tuer celui qu’il estime entre tous de ses propres mains pour maîtriser l’attaque ultime des chevaliers de Glace. Camus est un être bon, ce qui laisse une certaine incompréhension devant son obstination à combattre Hyôga. Si Camus voulait vraiment lui enseigner son savoir, pourquoi se suicider et au contraire ne pas combattre aux côtés de Hyoga comme le fit le vieux maître de Shiryû, le chevalier du Dragon ? Questions sans véritable réponse, si ce n’est la volonté de faire admettre à Hyôga la nécessité de ne plus s’apitoyer sur son sort et d’accepter de faire table rase sur son passé en transformant son chagrin en une force nouvelle. La mort de sa mère ne doit plus être une faiblesse mais un réconfort et un soutien. Voilà pourquoi par la suite Hyoga trouvera la force de tuer Hagen de Mérack (devant son amie Flamme) et en présence de son cher camarade à qui il lui devait la vie, Isaac de Kraken. Même borgne, Hyôga reste serein, ayant enfin trouvé la paix en son cœur et accepté son destin de martyr. Vous remarquerez là, si vous ne connaissez que l’anime, un certain décalage dans la scène de la maison de la Balance, car pour l’anime, le maître de Hyôga est le seigneur Cristal.

 

En réalité, le seigneur Cristal fut crée de toutes pièces par le staff du dessin animé qui fut obligé d’allonger l’histoire se situant entre le combat contre Ikki et celui des douze maisons. Kurumada ne pouvait pas travailler si vite, il a fallu meubler avec de nouveaux ennemis tous affreusement bâclés qui correspondent aux combats les plus inintéressants de toute la série. Ôko, le rival de Shiryû, les anciens compagnons de Shun sur l’île d’Andromède et bien d’autres furent également inventés pour l’occasion. Le comble étant les trois chevaliers d’Acier Shô, Ushio et Daichi qui furent imposés par Bandai, désireuse d’en faire la commercialisation sous forme de jouets.

Seiya, le chevalier de Pégase, est le héros type de Kurumada : tête brûlée et peu châtié, il se rue dans la bataille sans réfléchir. D’un caractère entier, il est d’une persévérance sans borne et d’un courage presque suicidaire. Sans doute son amour pour Saori, qu’il ne veut pas admettre et ne concrétisera jamais, y est pour beaucoup dans son acharnement à vaincre. Etant le seul à éprouver vraiment une fascination pour Athéna, il est naturellement celui qui accomplit le dernier sacrifice, porté par l’espoir de tous ses amis. Curieusement, il est le plus entouré par les femmes mais semble insensible à leurs charmes. Il n’aura de cesse de retrouver sa sœur et montre une tendresse particulière pour Marine son mentor, Miho, son amie d’enfance et Shina, sa pire ennemie devenue une fidèle alliée, sans jamais montrer une préférence pour l’une ou l’autre. Il est le héros chaste et dévoué à sa belle, typique de tout conte chevaleresque et romantique.

L’aide providentielle d’Ikki, le chevalier du Phénix, lui sera à chaque fois plus que nécessaire. Ce personnage colérique et bagarreur, est l’être le plus traumatisé et le plus campé de la série. D’une force prodigieuse, il n’intervient que pour aider son frère Shun de manière nonchalante, comme si la souffrance n’avait plus de prise sur lui, réservant ses forces pour mieux protéger les autres. Il incarne l’ermite associable, mais craque devant l’amitié de ses amis et l’admiration de son frère. Plus adulte que les autres, son caractère taciturne et apparemment insensible est dû au chagrin suite à la mort d’Esmeralda, seule personne attentive à son égard pendant son rude entraînement sur l’île de la Reine Morte. Son décès effacera toute trace de miséricorde dans son cœur blessé, du moins c’est ce qu’il veut bien nous faire croire. Mais chacun pourra voir la véritable nature d’Ikki, comme le fit Shaka de la Vierge qui décida de lui accorder un répit pour lui permettre de recouvrer sa bonté naturelle. Si Ikki les combat tout d’abord, c’est pour se venger de la cruauté de Kido Mitsumasa qui se révèle être le géniteur des 100 orphelins qu’il a sacrifié sur l’autel d’Athéna. Voulant se éradiquer les autres chevaliers du Zodiaque, Ikki était même prêt à tuer son propre frère. Mais la confiance et le pardon de ses demi-frères lui feront entendre raison. Tous les sacrifices ne doivent pas être vains.

Shun, lui, est l’amour personnifié, doux comme un agneau, il ne rêve que d’un monde de paix et c’est pour cet idéal qu’il se bat. Fidèle à son armure d’Andromède, il se sacrifie continuellement et accepte son destin de chevalier pour seconder ses frères. Contraint par les événements, il retiendra ses pouvoirs, n’utilisant le plus souvent possible que la fonction de la défense de sa chaîne. Il est sans doute extrêmement puissant puisqu’il est le premier à avoir pu atteindre le septième sens pour acquérir son armure. Personnage très frustrant, il ne gagne vraiment qu’un seul combat difficile, celui l’opposant à Aphrodite, le chevalier des Poissons. Et, Hadès ! Bien sûr ! Dont nous ne parlerons pas dans cet article, hélas, car Shiryû, le chevalier du Dragon, mérite une analyse particulière dans le chapitre suivant.

Le dragon spirituel

Shiryû, comme Hyôga, a tendance à toujours agir d’une manière identique : à chaque combat, il réalise qu’il se cache derrière son armure dotée d’un bouclier. Dès son premier combat contre Seiya, il s’aperçoit très vite de l’illusion qu’elle représente et s’en défait, geste qui se répétera dans pratiquement tous ses combats. D’une très grande loyauté, il se mutilera pour ses frères, se vidant de son sang pour redonner vie à l’armure de Seiya. Il se crèvera même les yeux pour vaincre Persée et finira par enflammer l’ultime Dragon dans la maison du Capricorne. Shiryû est pourtant le chevalier de bronze le plus équilibré. Proche de la nature, il a appris à ne pas combattre les éléments et c’est à ce prix qu’il maîtrise la colère du Dragon capable d’inverser le cours d’une cascade. Tel un moine shaolin, il reste serein face au combat et est d’une grande humilité. Maître du Dragon Qin Long, symbole du printemps et de l’élément liquide pour les chinois, il est bénéfique et paisible. Il représente le Yang du Tao, ne peut donc être que la voie suivie par Shiryû. Doux et serein, il peut néanmoins exploser et déchaîner une colère incontrôlable s’il est blessé mentalement comme ce fut le cas lorsque le Cancer s’attaqua à Shunreï aux Cinq Pics, l’orpheline chinoise qu’il aime plus que tout.

Dôko chevalier de la Balance est, avec Shion (ancien chevalier du Bélier), le seul rescapé de la précédente guerre aux côtés d’Athéna contre Hadès, 243 ans auparavant. Contraint, par celle-ci à rester aux Cinq Pics, il est dédié à la surveillance de la prison d’Hadès. Il est sous l’emprise bénéfique de la Misopetamenos, un don qui lui permet de ne vieillir que d’un jour par an. Ainsi, il ne peut venir en aide aux chevaliers de bronze qu’à travers son armure constituée des 12 armes des Saints d’or qu’il ne peut utiliser qu’avec parcimonie (Athéna préférant les combats à mains nues). Doublement placé sous le signe de l’équité, il est le Tao bouddhique oriental mêlé à l’équilibre occidental que représente le signe de la Balance. Pas étonnant qu’il soit un vieil homme paisible, économisant ses forces pour la grande bataille, mais dispersant ses perles de connaissances tout en dissimulant sa véritable puissance. Il est l’image de la sagesse et du bon sens !

 

Une inébranlable confiance

Sachant fort bien que pour rendre sa guerre plus crédible, il fallait que nos simples chevaliers de bronze acquièrent peu à peu la force de vaincre un chevalier d’or, Kurumada décida de leur faire combattre des adversaires de plus en plus forts. Ainsi, il leur offrait l’opportunité de devenir meilleurs et ainsi de venir remplacer les mauvais éléments de la garde d’Athéna pour combattre Hadès. Et sans doute est ce pour cela que Mû se contente de réparer leurs armures au lieu de prendre part au combat. Ce dernier ayant espoir que cette bataille leur permettra de devenir dignes des chevaliers d’or. Mais attention, il ne faut pas trop aider nos héros dans leur quête menant au précieux « septième sens ». Dès l’arrivée des chevaliers de bronze au Sanctuaire, les voilà confrontés à des chevaliers d’or à la volonté d’acier.

Même si les chevaliers d’or désirent écraser nos héros renégats et protéger la demeure d’Athéna, petit à petit, Seiya et ses frères découvriront une faiblesse dans leur détermination. Incapables de prendre de vraies initiatives, comme tout bon soldat, ils ne font qu’obéir au Grand Pope.

Les chevaliers d’or du Sanctuaire ne doutent pas moins de la légitimité du Grand Pope. Cependant témoins des changements d’humeur de ce dernier, les chevaliers d’or ne peuvent que se demander en quoi nos héros représentent une menace. De plus, comment ne pas s’étonner de ne jamais avoir vu Athéna depuis qu’elle était bébé ?

Toutes ces interrogations n’ont pu que turlupiner les chevaliers d’or restés fidèles au Sanctuaire. Parmi ceux qui dès le début entrevirent la vérité (comme quoi Saori serait en fait Athéna), on retrouve Dôko, Mû et Ayolos, qui s’éloignèrent de leur plein gré du Sanctuaire sans pour autant s’impliquer ouvertement dans les batailles – à part Ayolos qui y perdit la vie. D’autres sont tout à fait conscients du côté maléfique du Grand Pope et en profitent pour légitimer leur propre folie comme le Masque de mort ou Aphrodite. Les autres n’agissent pas et restent là, sans se résoudre à tuer franchement nos héros, ni à les laisser passer (à l’image du chevalier du Taureau et du Scorpion). Comme s’il fallait un certain temps pour admettre leur propre honte à combattre Athéna, celle qu’ils doivent protéger. Mais tous finissent par aider nos cinq chevaliers de bronze pour connaître la vérité. Et heureusement car, d’après mon humble avis, j’estime que si chacun des chevaliers d’or avait combattu au maximum de ses capacités, il ne resterait pas grand-chose de nos héros.

Plus tard, beaucoup se sont demandés pourquoi ces soit-disant chevaliers les plus forts, après avoir reconnu Saori comme leur déesse, n’ont pas donné un coup de main à Seiya dans les batailles d’Asgard et de Poséidon. Tout simplement parce que Dôko, fraîchement nommé Grand Pope pour sa sagesse, leur a ordonné de garder le Sanctuaire. Bien conscient de l’incroyable perfectionnement des chevaliers de bronze, Dôko était alors persuadé qu’ils vaincront avec l’aide de leur septième sens récemment acquis. La vision de Dôko est à l’opposé de celle de Camus. Car pour lui, son disciple Shiryû doit vaincre ou mourir ; la persévérance et l’abnégation étant les seules sources de réussite. Sa confiance est visible lorsqu’il prête des armes d’Athéna pour détruire les piliers de Poséidon. Son devoir est de monopoliser la première garde de ses forces, les chevaliers d’or, dans la protection du palais de la déesse.

L’autre dimension des Gémeaux

L’anime nous a apporté un semblant de réponse sur les motivations de Saga, chevalier des Gémeaux, responsable du combat des Douze Maisons. Réponse tout à fait insuffisante pour quiconque s’ayant passionné pour cette histoire. Sans doute la version française, très approximative et source d’incohérences, y est-elle pour beaucoup. En revanche, le manga est bien plus explicite. Le mot « saga » signifie en grec ancien « double ». Personnage prédestiné, le chevalier des Gémeaux possède une armure à deux visages représentant Janus, le dieu des portes. Ce qui corrobore sa technique de combat lui permettant d’ouvrir des portes sur d’autres dimensions. Avant de se laisser séduire par le mal qui sommeillait en lui, Saga était comme Ayolos, un guerrier respecté de tous et sa candidature au poste de grand Pope était pratiquement acquise. Pourtant, le Grand Pope en fonction treize ans auparavant n’était pas tout à fait de cet avis.

Shion, cet homme mystérieux, était en fait le seul rescapé avec Dôko de la précédente guerre contre le mal. Il est un ancien chevalier du Bélier mais aussi maître de Mû, auquel Athéna avait assigné la tâche de reconstituer une nouvelle armée après la perte des 77 chevaliers entrés en conflit où seulement nos deux protagonistes y survécurent.

Certain qu’une nouvelle croisade se préparait en raison de la renaissance d’Athéna, Shion choisit de transmettre son trône à Ayolos, le seul, parmi les chevaliers d’or avec Saga, en âge de remplir cette fonction. Dévoré par la jalousie, Saga rejoint Shion sur le Mont Etoilé pour lui demander des explications. Le Pope lui explique qu’il ressent en lui quelque chose de maléfique et ne peut donc prendre le risque de le laisser prendre la direction du Sanctuaire. Démasqué, Saga en pleine crise de schizophrénie tue Shion et usurpe son titre. Dès lors, il n’a d’autre choix que de tuer Ayolos et de porter la main sur Athena, à qui il avait juré fidélité. Plus de retour en arrière, ni de regret : il lui faut accepter sa personnalité néfaste jusqu’au bout et renier l’humanité de son cœur. Le bon Saga a tendance à nous faire pitié, car la seconde âme habitant son corps, est bien plus forte, l’empêchant de mettre fin à ses jours. Libéré de son emprise par le bouclier d’Athéna, il pourra enfin expier ses fautes ! Consternée par la mort d’un vaillant soldat, celle-ci aura la joie de voir que ses efforts pour préserver la vie du jumeau de Saga, n’auront pas été vains. Connaissant son cœur et l’ayant protégé dans sa prison du cap Sunion, elle offre à Kanon l’armure des Gémeaux de Saga pour qu’il combatte à ses côtés.

Le sujet Asgard

La bataille d’Asgard, le domaine des dieux nordiques (les ases), est un cas particulier de la série, car il ne fait pas partie du manga. Si ce n’est sous la forme d’un court chapitre mettant en scène le chevalier de Glace. Les réalisateurs du dessin animé ont été confrontés à un problème dès la mort de Saga. En effet, Kurumada commençait à peine Poséidon. Il a donc fallu inventer un scénario original pour faire perdurer la série. Voilà pourquoi la deuxième partie du dessin animé est si différente des autres, plus attachée à décrire les sentiments et la personnalité des adversaires de Seiya. Nous avons droit ici à une guerre déchirante. Les Japonais furent moins touchés par cet arc, que nous autres Français, peut-être par manque de manichéisme. En effet, en France, beaucoup en furent bouleversés et y ont trouvé un intérêt grandissant. Il est impossible de ne pas ressentir la détresse de ces guerriers divins, trompés par Poséidon, qui tout heureux de pouvoir revêtir leurs armures afin de se battre pour la douce Hilda, s’aperçoivent que leur quête est vaine. Chacun d’eux a une destinée cruelle, les plus éprouvés étant Fenrir qui a assisté à l’assassinat de ses parents, Hagen obligé de renier sa bien-aimée, Mime, bourreau de son père adoptif et bien sûr les frères ennemis, Sid et Bud. Seul l’incroyable Albérich combat pour son profit personnel et nous dévoile un caractère d’une incroyable pédance. Le succès de l’arc Asgard réside également dans son nouveau design où les armures, plus esthétiques, épousent les corps longilignes pour les rendre plus dynamiques. Très peu d’épisodes sont mal dessinés comme ce fut le cas de la première partie. Les paysages, les ambiances, les musiques et les couleurs sont de pures merveilles. En voici la preuve !

 

Poséidon, un air de déjà vu

Quant à Poséidon, je m’accorde à dire que son intérêt est plus que limité. Chaque général est une pâle copie des chevaliers d’or, sans âme ni relief. Même Poséidon est un beau gosse sans prétention. Néanmoins, l’utilisation des armes de la Balance, la transformation des armures de bronze en or et les retrouvailles tragiques de Hyôga et Isaac, apportent un peu de curiosité. De même, l’histoire de Kanon avec son intelligence criminelle ne sauront pas captiver le public et faute de notoriété, la première série s’éteindra là, sans apporter les réponses réservées au chapitre Hadès. Petite note au passage : je signalerais une équivoque entre Thétis et Sorent qui sont tous deux appelés « Sirène ». En fait, Thétis est plutôt la mermaid, femme au corps de poisson dans la mythologie scandinave, proche du dieu Triton en tant que rejeton, alors que Sorent est plus affilié aux sirènes qui sont à la fois des créatures marines et célestes. Les sirènes et les mermaids ont toutes deux un chant envoûtant et sont décrites dans l’odyssée d’Ulysse.

 

Phénomène éternel

Depuis sa première diffusion en France en mai 1988 et malgré les successives amputations dues à la censure, Saint Seiya ou Les Chevaliers du Zodiaque a été un succès jamais démenti en France, comme en témoignent les incessantes rediffusions et toutes les suites qui sont sorties jusqu’à ce jour. Comment une série jugée violente par le CSA a-t-elle pu conquérir un public si divers et être responsable de l’engouement de la seconde génération de fans d’animation japonaise ? Saint Seiya est un condensé de tout ce qui captive dans un dessin animé nippon : un character design superbe, une bande son du feu de dieu (c’est le mot) et attrayante, un scénario captivant, des personnages vrais et des femmes prenant leur vie en mains. Le tout saupoudré d’une pincée de sentiments fraternels et d’amours impossibles, d’un soupçon de mysticisme et d’un nuage de poussière d’étoile. Loin d’abêtir le spectateur, Saint Seiya le force à s’imprégner des mythologies de notre planète pour mieux apprécier l’œuvre de Kurumada. Bref, pour qui adore cette série, il s’agit du mélange idéal vous transportant dans vos rêves les plus fous !

Quant à moi, je vais me rabattre sur le générique original japonais que je préfère. Bernard, j’espère que tu m’excuseras !


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