Retour sur une Histoire de Fantômes Chinois

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China's Gohst Story

Histoire de Fantômes Chinois

Tsui Hark, le célèbre cinéaste de Hong Kong qui redonna un second souffle au cinéma d’action asiatique, se lance pour la première fois de sa carrière dans un dessin-animé à l’action trépidante et à la poésie romanesque. Hark est un cinéaste de tous les excès, un homme-orchestre dont les œuvres font désormais références dans l’histoire du cinéma.

Mais, au-delà de sa réputation de talentueux metteur en scène et producteur de films d’arts martiaux à grand spectacle, celui-ci possède une collection d’univers dont la portée lyrique n’a d’égale que son sens de l’image et de la narration. Green Snake, The Blade, Une histoire de Fantômes Chinois 1 à 3 versions live action, autant d’œuvres dont la fureur des combats s’unit à une imagerie romantique et envoûtante.

Son cinéma peut se résumer à cette seule phrase, appliquée à un autre fou furieux du grand écran, John Lasseter connu pour Toy Story 1 et 2, dont le crédo est « une idée par plan ! ». Le petit caprice de Tsui Hark fut un dessin animé ambitieux, typique de la production de l’ex-colonie britannique, à la mise en scène alerte, un fourre-tout d’idées fastueuses, mais hélas desservies par une technique pas toujours à la hauteur de son ambition.

Il était une fois dans l’empire du milieu

Notre conte commence par un océan en furie, de celui-ci surgit un jeune homme tentant d’échapper à un énorme serpent de mer ! Apparaissant dans le ciel, Lan, son ancienne fiancée, semble s’éloigner de lui tel un fantôme. Ning Caichen, notre héros, se réveille alors  de son cauchemar à la frontière de terres hostiles et hantées. Celui-ci est un collecteur d’impôts au cœur naïf, dans une Chine médiévale baignée de sorcellerie.

Accompagné de son chien Lingot d’Or dont l’excentrique Tsui Hark a fait le doublage. Il trouve refuge dans un temple qui se révélera être le siège de fantômes hostiles. Surgissant de nulle part, Nuage Blanc et son disciple, des moines chasseurs d’esprits, dispersent à grands renforts de magie les indésirables locataires. Après avoir mis en garde Ning sur les dangers qui l’attendent en ces territoires, ils repartent à la poursuite d’autres âmes errantes sur les traces d’un autre chasseur d’esprit nommé Barberousse. Celui-ci, repéré par les fantômes cannibales, ne doit son salut qu’à l’intervention de Qian, une femme dotée d’étranges pouvoirs qui se révélera être une goule absorbant les esprits d’êtres innocents, afin de les offrir à sa maîtresse-démone. Sur ces entrefaites, Barberousse fait une entrée fracassante dans la cité !

En s’enfuyant, nos deux héros vont trouver refuge à bord da légendaire Train des Morts, emmenant les âmes vers les portes de la réincarnation. L’aventure ne fait alors que commencer pour nos futurs tourtereaux, qui s’éprendront l’un de l’autre aux travers de mille mésaventures. Ils apprendront à mieux se connaître, surmontant leurs différences. Si Ning est un jeune homme peureux, il trouvera, en son amour naissant pour Qian, le courage d’affronter tous les obstacles. Qian, au contraire, est une femme fantôme sûre d’elle, voire pédante, jouant de ses charmes et amoureuse du seigneur de la montagne noire, maître des enfers. Toutefois, c’est auprès de Ning qu’elle trouvera le véritable amour, après que celle-ci soit répudiée. Il semblerait que le véritable salut pour nos deux héros se trouverait au-delà des portes de la réincarnation.   

 

Une histoire d’amour

Ce film, à l’humour parfois bon enfant, possède une mise en scène ample et rapide, rendant certaines scène ample et rapide, rendant certains plans d’une visibilité ardue pour qui n’a jamais vu un film d’action de Hong Kong. Curieusement, les scènes les plus réussies ne sont pas les séquences d’action, mais bien les instants romantiques réunissant Ning et Qian.

Tsui Hark supervisa le film en faisant appel au réalisateur Andrew Chen, un homme à poigne, capable de gérer l’équipe hétéroclite du film. Il est aidé en cela par Nakamura Takashi, directeur d’animation sur Akira.

Ce dernier a également travaillé sur Manie-Manie et Robot Carnival. Il épaulera Tsui Hark au story-board du projet. Nous pouvons citer la très belle scène où notre héros, pour protéger l’élue de son cœur, des rayons meurtriers du soleil. Celui-ci doit la couvrir de son ombre, rapprochant nos amoureux dans une embarrassante, mais émouvante étreinte.

Ainsi, Hark démontre qu’au-delà de ses démonstrations de force, pour lesquelles la notion de vitesse est une partie intégrante de son œuvre, il est un créateur proche de ses personnages, notamment de ses héroïnes, fortes ou fragiles, pivot central d’une filmographie qui donne la part belle à l’éternel féminin.

Cependant, ce dessin animé est un premier pas pour le maître, une œuvre expérimentale qui ne donne qu’un petit aperçu de la puissance de ce cinéaste, dont la filmographie est trop vaste pour tenir sur ces pages. Ce film d’animation est un brouillon presque épuré, qui veut aller au-delà de son cinéma live. C’est un condensé de promesses, qui si elles sont tenues, instaurent un charme que possèdent toutes les premières œuvres, avec leur lot de maladresses et de touche kitch.

La béatitude n’est pas de ce monde

Ce qui frappe à la vision de ce film, c’est le grandiose de sa mise en scène, ses beaux décors, et un sens de l’espace qui nous fait prendre une bouffée d’oxygène avant une immersion totale dans un univers magique. Mais ce sentiment fait place à la perplexité devant la qualité des moyens mis en œuvre. En effet, ce film est quasi-exclusivement constitué d’images de synthèse de qualités inégales, accusant du même coup, un certain retard par rapport à d’autres films de la même période. Seuls quelques décors, ainsi que les personnages, sont en dessins dits traditionnels. Ceux-ci sont animés avec fluidité et dynamisme, grâce en partie à Komatsubara Kazuo, character designer sur Goldorak, Albator et Nausicaä.

Hélas, l’intégration de ces animations traditionnelles au sein des décors numériques, dont certains sont réellement magnifiques, laisse parfois à désirer. Même les délirantes machines tel que le Train des Morts, n’échappent pas à l’aspect plastique que les spectateurs reprochent souvent à l’image de synthèse. Il faut cependant replacer le film dans son contexte.

Crée  dans les années 94-95, en ce temps, aucun dessin animé en Asie, voire dans le monde, n’a tenté un mariage de dessins 2D et d’images 3D sur la longueur totale d’un long métrage. Ainsi, le pionnier qu’est Tsui Hark réalise un film pilote de cinq minutes, expérimentant ces diverses techniques hétéroclites.

La sous-traitance taïwanaise à laquelle il s’adresse n’est pas convaincue, et doute même de trouver du personnel qualifié en infographie en Asie, surtout pour une production qui s’étalera sur presque trois ans. Laissant tomber Taïwan, Tsui Hark s’adresse aux Japonais. Ceux-ci hésitent à leur tour, et tentent de convaincre le réalisateur de produire un film plus en rapport avec leurs goûts.

Ce dernier refuse, voulant impérativement créer une œuvre à l’identité unique. En effet, les longs métrages d’animation chinois sont extrêmement rares et parlent souvent du même personnage légendaire du Roi Singe. Il est temps de changer ça. Finalement, les nippons, qui ne sont pas à l’aise avec la 3D, accepteront de participer. En effet, l’ordinateur, contrairement à nombre d’idées reçues, ne fit son entrée dans l’industrie du dessin animé japonais, que vers le milieu des années 90. Ceci explique en partie leurs diverses expérimentations, plus ou moins réussies, d’intégrations d’images numériques aux seins d’œuvres comportant des dessins faits mains.

 La chance sourit aux audacieux

De même que le cinéma live de Hong Kong fut fortement influencé par l’Occident, le Japon et l’Inde, la version animée d’Histoire de Fantômes Chinois est sous l’influence évidente de l’animation nippone. A voir en ce sens l’hommage ici rendu à Tezuka Osamu au travers du character design néo-rétro de ce film, dû à Chung Frankie, ainsi que l’emprunt de quelques modes narratifs propres aux productions Disney.

Ainsi, il est étonnant de constater à quelle vitesse l’ex-colonie à su s’imprégner de certaines de ces influences susnommées, pour ensuite les assimiler de façon novatrice. Tsui Hark est avant tout un homme qui aime puiser son inspiration dans le patrimoine de son pays, et c’est au travers de ce passé historique et culturel, source inépuisable et indémodable de mythes éternels, qu’il a renouvelé l’identité et les racines d’un cinéma que nombre de Chinois, trop obsédés par le modernisme à tout prix, a vite oublié. Son film revendique clairement cette identité.

Tsui Hark à compris que le futur ne peut se construire sans l’expérience du passé. Histoire de Fantômes Chinois possède ainsi son propre univers, à la limite parfois du kitch avec ses décors sur-colorés, ses musiques alternant orchestrations symphoniques et synthétiseurs bons marchés, et sa narration dynamique, lui conférant un charme indiscutable, sachant le démarquer de ses pairs, pour acquérir une maturité artistique parfois bancale mais toujours assumée. Il faut voir ce film comme un grand morceau de fun débridé, voire un appel à ne pas juger sur l’apparence, à croire à ce que chaque être a de bon en soi. Bref, un magnifique rêve cinématographique d’un éternel gamin nommé Tsui Hark pour qui le cinéma est avant tout un jouet fabuleux.

Pour aller plus loin…

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