Escapade de western moderne avec Chris Colorado

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Aujourd’hui dans cet article, nous allons parler d’un dessin animé produit par les studios Animage, je veux bien sur parler de Chris Colorado. Véritable perle rare à l’époque, ce respectable projet de science-fiction, qu’il aborde sans crainte aura su nous étonnés et nous tenir en haleine. Car rappelons-le, la France à toujours su se montré frileuse dès qu’il s’agit de monter une œuvre de genre. Enfin une série animée française d’aventure S.F nantie d’un scénario intelligent et captivant. Imaginez-vous, l’on avait plus vu ça depuis Ulysse 31.

Cette série culte première coproduction franco-japonaise, signé Jean Chalopin, avait gagné le pari fou de réconcilier l’hexagone avec la science-fiction. Un succès incontestable, certes, mais qui remonte à près de trente ans. Or, il faut bien reconnaître qu’à l’heure actuelle, que ce soit au cinéma ou à la télévision, en prises de vues réelles ou en animation, les réussites françaises dans ce domaine se comptent malheureusement encore sur les doigts d’une main.

C’était le Colorado !

L’action de Chris Colorado se situe plusieurs dizaines d’années après le « Grand Crash », à savoir la collision de la planète Terre avec un gigantesque météore. Une catastrophe que n’ont pu prévoir les ordinateurs, à la suite d’un malencontreux bug informatique généralisé. Après une période de grande désorganisation, certains survivants sont parvenus à fonder une société nouvelle et pacifique ; le Fédération Mondiale. Un équilibre précaire, car remis en question par un certain Thanatos.

Enième variation sur le thème du monde post-apocalyptique, oui et non. Oui, si l’on s’en tient à l’aspect purement thématique, qui n’est pas, à proprement parler, novateur. Non, si l’on observe d’un peu plus près l’angle choisi par les auteurs pour aborder un sujet d’anticipation archi-classique ; le monde après la catastrophe. L’une des originalités du scénario de Chris Colorado est d’avoir choisi de faire volontairement l’impasse sur les événements qui ont précédé la catastrophe pour se focaliser sur les hommes qui peuplent ce monde transformé par l’impact de la météorite.

S’il y a bien, dans l’intrigue, un avant et un après, ils ont pour pivot l’enlèvement des parents et de la sœur cadette du jeune Chris, hanté, depuis lors, par cette disparition et fermement décidé à découvrir la vérité sur ce mystère. Le scénario, et c’est là ça force majeure, est donc axé, avant tout, sur les motivations des personnages, Chris Colorado en tête.

Mais qui est donc Chris Colorado ?

De son vrai nom Christopher Krantz, il s’agit, à première vue, du héros-type qui pourrait très vite s’avérer lisse et fade. Expert en arts martiaux et docteur en droit et sciences, c’est surtout un pilote hors pair. Ce personnage, a priori extrêmement manichéen, est heureusement affublé de petites faiblesses qui le rendent plus humain et, par conséquent, plus attachant.

Car notre héros est doté d’un caractère bougon, voire colérique, il est atteint d’une profonde phobie des rats, de à un traumatisme remontant à l’enfance, on pense immédiatement à Indiana Jones et sa peur viscérale des serpents. Au cours du premier épisode de la série, Chris sauve la vie du grand commandeur de la Fédération Mondiale, Richard Jullian, dont il devient rapidement l’homme de confiance.

Jullian va alors faire appel à lui pour lutter contre le Groupe 666, mené par le mystérieux Thanatos, bien décidé à renverser la Fédération, au sein de laquelle il est déjà parvenu à infiltrer de nombreux agents doubles. Au fil de ses missions, Chris sera secondé par son ami d’enfance, l’indien Chippowok et conseillé par son oncle Sam Colorado, vieil homme bourru, solitaire et misanthrope. Il fera également la connaissance de deux femmes aussi troublantes que différentes.

La belle et distante Rebecca Woong et la jeune et charmante Jennifer Jullian, respectivement première Conseillère et fille de Richard Jullian. Chris découvrira enfin que ce même Richard Jullian a très bien connu son propre père, William-Erwin Krantz, dans les années qui suivirent le grand Crash.

Un mélange atypique

Ce ne sont pas tant les différents éléments du scénario de Franck Bertrand, Thibaut Chatel et Jacqueline Monsigny qui confèrent à Chris Colorado sa fraîcheur, mais plutôt leur mise en corrélation. Par exemple, intégrer la magie indienne à un univers de pure science-fiction, via le personnage de Chippowok, est une idée véritablement novatrice. Les influences et références à des œuvres antérieures sont, quant à elles, nombreuses et aisément décelables. Citons quelques exemples précis pour s’en convaincre.

L’atterrissage en catastrophe du grand Commandeur au cœur de la zone interdite rappelle fortement celui du président des États-Unis dans la ville en ruines de New York 1997 de John Carpenter.  Quant au cruel Thanatos, en perpétuelle lévitation, casqué et revêtu d’une cape pourpre, il a incontestablement des faux airs de Magneto, l’ennemi juré des X-men dans les comics du même nom. D’une façon plus générale, de sa structure ponctuée d’incessants rebondissements mêlant espionnage, aventure, séduction et science-fiction, l’histoire fait irrésistiblement penser à l’univers de James Bond ou de Bob Morane.

Néanmoins, il souffle sur Chris Colorado un indéniable vent d’originalité car ces divers emprunts s’intègrent remarquablement bien à l’ensemble du récit. Ce soin apporté à l’intrigue est assez rare dans l’univers télévisuel français pour être mis en exergue. Par conséquent, saluons, une nouvelle fois, l’habileté des auteurs qui, tout en faisant la part belle au suspense et à l’action, ont su doser enjeux politiques et humains et donner ainsi naissance à un scénario riche et adulte, doté de plusieurs niveaux de compréhension.

Une animation intelligente

La seconde excellente surprise de Chris Colorado réside dans son graphisme. En effet, les auteurs ont opté pour un dessin semi-réaliste au trait extrêmement  stylisé et dépouillé. Ce choix est judicieux dans la mesure où il offre aux animateurs une marge de manœuvre bien plus grande que ne le ferait un style réaliste, plus rigide et contraignant car exigeant une précision anatomique pour chaque détail. Les personnages de Chris Colorado sont ainsi dotés de silhouettes longilignes, élancées, dans la veine de ceux créés, il y a quelques années, pour la version animée de Batman. En revanche, comme c’est malheureusement très souvent le cas pour les productions télévisées, l’animation en deux dimensions des personnages reste pour le moins sommaire.

Notons, cependant, que ce handicap est en grande partie compensé par la réalisation de Thibaut Chatel et Dominique Etchecopar, et surtout par un beau travail au niveau du story-board : posing très dynamiques et cadrages jouant sur la profondeur de champ, ellipses judicieuses permettant des économies d’animation.Le tout soutenu par un timing précis et un montage nerveux. Finalement, le seul élément véritablement dérangeant visuellement provient, une fois de plus, de l’intégration d’images de synthèse tridimensionnelles dans un univers 2D.

C’est d’autant plus choquant que la série fait appel à de nombreux effets 3D très élaborés. Il en résulte que les mouvements des avions et autres engins volants paraissent trop fluides et trop parfaits, comparés à l’aspect statique de l’animation 2D. cependant, ce problème d’intégration ne concerne pas uniquement l’animation, mais également le rendu graphique, en particulier pour les effets spéciaux, où, là encore, le mariage 2D/3D manque cruellement d’harmonie.

Enfin, signalons, tout de même, la qualité de la bande sonore, irréprochable et très ambitieuse pour un produit de cet ordre. Une partition musicale superbe, aux accents symphoniques proches du Carmina Burana de Carl Orff et que l’on doit à Fabrice Aboulker, des bruitages et ambiances sonores très réalistes et un casting de voix d’une sobriété forçant le respect. Avec des comédiens de doublages tels qu’Emmanuel Curtil, Benoit Allemane, Marie-Christine Darah, Valérie de Vulpian et tout un tas d’autres comédiens de grand talent.

Catharsis !!

Ainsi, les quelques reproches émis précédemment restent mineurs, eu égard à la très bonne tenue de l’ensemble, et n’altèrent aucunement le plaisir que l’on peut éprouver à suivre les aventures de Chris Colorado dans sa recherche de l’identité de Thanatos et de la vérité sur la disparition de sa famille. Cette série aura eu l’honneur de poser sa pierre sur le monument des créations originales françaises et qu’elle continuera à susciter l’idée aux producteurs français de se lancer dans d’autres créations d’animations d’envergure.

Pour aller plus loin…


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