Studio Tatsunoko

L'article vous plaît ?
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

1962… Une série live mettant en scène un escadron de cinq jeunes ninjas durant la seconde guerre mondiale déferle sur les écrans. Cette série se nomme Ninja Butai Gekko. Elle remporte un grand succès mais permet surtout de faire connaître, ou plutôt de retrouver son auteur, le dessinateur de manga Yoshida Tatsuo et sa toute nouvelle société, Tatsunoko. Mais les Yoshida n’en étaient pas à leur premier coup d’essai. Les frères Yoshida étaient un trio. Il y avait l’aîné, Tatsuo, Kenji le cadet, et enfin Toyoharu, le benjamin. Très vite, Tatsuo et Toyoharu montrent des prédispositions certaines pour les arts graphiques et entrent rapidement dans le petit monde des dessinateurs de manga, tandis que Kenji part aux Etats-Unis pour le compte de sa société.

En 1954, Yoshida Tatsuo publie son tout premier manga, Ninja Butai Gekko, qui sera adapté en série live dès 1962. Le succès est tel qu’il va enchaîner manga sur manga avec des titres comme Pilot Ace, Super Giants, Space Ace, Tetsuwan Rikiya et bien d’autres encore. Il est rapidement rejoint par son jeune frère, qui fait ses débuts sous son pseudonyme, Kuri Ippei. Si Tatsuo est un connaisseur en matière de courses de voitures, de catch ou de sumo, son jeune frère préfère largement mettre en scène des histoires de guerre, policières ou encore de courses de motos. Kuri Ippei dessinera lui aussi de nombreuses œuvres comme Hurricane G Men, Shonen Speed O ou bien encore Mach Sanshiro Shimei Triple O.

Grâce à leur expérience, les Yoshida dans le domaine du manga dessiné, vont inculquer à leurs créations futures une identité et une dynamique indéniables qui marquera toute une génération de fans. C’est donc tout naturellement que les Yoshida décident de donner vie à leurs héros, mais nous ne sommes qu’en 1962, et il n’est pas encore question de dessin animé. Non, les grands débuts de la toute nouvelle société fondée par les deux frères, Tatsunoko productions, se font sous la forme d’une série live.

 

La création d’un studio légendaire

Tatsunoko fondé le 19 octobre 1962, les Yoshida se demandent quelle œuvre serait la plus à même d’être adaptée pour la télévision. Ils tombent d’accord sur le fait d’adapter le tout premier manga de Tatsuo, Ninja Butai Gekko. Cette série mettant en scène des jeunes ninjas durant la seconde guerre mondiale est vite très appréciée des jeunes enfants. Cette série fournira d’ailleurs l’idée de base pour une autre grande œuvre de Yoshida Tatsuo, Kagaku Ninjatai Gatchaman connue sous le nom de La Bataille des Planètes, dix ans plus tard. La Tatsunoko s’impose alors comme une société sur laquelle il faudra désormais compter. En 1963, la déferlante Atom balaie l’archipel nippon et il n’en faut pas plus aux dessinateurs de formation que sont Tatsuo et Ippei pour embrayer le pas au Maître Tezuka. Deux ans plus tard, en 1965, c’est une autre grande série de Yoshida Tatsuo qui revient sur les écrans japonais, Uchû Ace, mais en animation cette fois. La Tatsunoko avait trouvé sa voie, celle de l’animation et elle n’en bougera plus désormais.

Les premiers chefs-d’œuvre

Le dessin animé Uchû Ace fut accueilli avec enthousiasme par les petits japonais, à tel point que le personnage d’Ace symbolisera la société tout autant que le petit hippocampe qui orne l’entrée des studios de la société. Entre 1965 et 1972, ce ne seront pas moins de six séries qui sont diffusées. Une de ces séries restera célèbre pour fait pleurer un grand nombre de petits enfants japonais, Minashigo Hutchy ou Le petit prince orphelin, qui fut diffusé en France en 1970. Les taux d’audience étaient aussi très élevés et les produits dérivés très nombreux pour l’époque.

La Tatsunoko créé une sorte de chambre de développement de projets afin de pouvoir sans cesse fournir de nouvelles productions, sous l’égide de Tatsuo lui-même. Des série comiques, comme Robert est dans la bouteille d’apparence très manga, succèdent à la série Ketsudan, plus réaliste et contant des histoires durant la Guerre du Pacifique. Mais Yoshida Tatsuo, outre le fait qu’il soit doué pour le dessin, avait le don de savoir s’entourer de personnels extrêmement compétents. Dès les premières œuvres, des gens comme Suda Masami connu pour Ken le survivant, Ogawara Kunio qui a travaillé dans Gundam, Sasaki Hiroshi et Ninomiya Tsuneo pour les Supernana, transfuges de chez Mushi. Et surtout le jeune Amano Yoshitaka ayant œuvré sur Vampire D Hunter et la série Final Fantasy.

Ils portent littéralement les œuvres sur leurs épaules. A tel point que certains épisodes sont dessinés entièrement par une ou deux personnes seulement. Entre 1972 et 1975, la Tatsunoko va achever de marquer de son sceau le monde de l’animation, en produisant les quatre grands héros de la compagnie, que sont Gatchaman, Casshern, Techaman et Polymer. Le rôle d’Amano s’étoffe de plus en plus au sein du studio, de sorte qu’il devienne le character designer attitré, aux côtés de Tatsuo, des futures séries produites par le studio.

En 1975, Yoshida Tatsuo laisse carte blanche à Amano et Sasagawa sur le développement d’une nouvelle série. Assisté d’Ogawara Kunio pour le design des machines, la série Time Bokan voit le jour en octobre de l’année 1975. Le succès est au rendez-vous et la série ne durera pas moins de 61 épisodes. Devant l’insistance du public, une deuxième série dans le même univers est mise en chantier, Yatterman, qui durera 108 épisodes. D’ailleurs, nombre de ces épisodes seront mis en scène par des anciens de Mushi productions, comme Udagawa Kazuhiko ou encore Ashida Toyô qui se fera connaître aussi sur Gigi. Mais une triste nouvelle s’abat alors sur le jeune studio qui fête ses quinze bougies d’existence. Le décès brutal de Tatsuo en 1977, à l’âge de 42 ans seulement, va bouleverser la vie du studio, qui doit désormais se trouver une nouvelle voie, afin de ne pas disparaître avec son créateur.

 

Une renaissance dans la continuité

Après ce terrible coup du sort, le frère cadet, Yoshida Kenji revient des USA et reprend la société laissée par son frère, Kuri Ippei ne pouvant à lui seul gérer le studio. Amano Yoshitaka et Sasakawa Hiroshi travaillent d’arrache pied pour maintenir le studio dans l’élite. Le studio enchaîne les séries dérivées de Time Bokan, néanmoins Tatsunoko arrive encore à produire des séries complètement originales comme Temple Chan, une petite magicienne, Machine hiryu, un pilote de course automobile ou encore Gatchaman 2. Ce qui permet de découvrir le nom d’une nouvelle dessinatrice, Takada Akemi qui travaillera sur Creamy dès 1978.

Mais la plupart des grands fondateurs du studio déserte le fort. Ninomiya rejoint le studio Pierrot et Suda Masami va chez Tôei. Même Amano se tourne vers une carrière d’illustrateur. Leur dernière création commune sera Gatchaman F en 1979. Le studio parie alors sur leurs jeunes espoirs et se lance sur de nouveaux projets.

Le premier de la nouvelle ligne de Tatsunoko sera Gordian, puis Gold Lightern en 1981. Puis en 1982, arrive Macross avec le succès que l’on lui connaît encore aujourd’hui. Dans l’intervalle deux nouveaux dessins animés de Time Bokan sont produits, tous designés par Amano Yoshitaka. Celui-ci participera plus activement en 1983, sur la série Mospeada. En 1984, il retrouve son compatriote Sasakawa Hiroshi pour Starzan S. Ce sera sa dernière participation avec le studio, il se contentera ensuite de développer des personnages mais ne les dessinera plus.

La Tatsunoko continuera bien sûr d’animer des dessins animés mais elles ne sont plus des séries originales estampillés Tatsunoko. Ces séries ont pour nom Southern Cross, Julie et Stéphane, Cynthia ou le rythme de la vie et Shurato pour les plus connue. Seuls Super Durand et Doteraman sont des projets internes au studio.

 

Tatsunoko, l’avenir !

Malgré une période de traversée du désert, la Tatsunoko a su former quelques prodiges du dessin, mais aussi s’initier aux dernières technologies. Satô Keiichi et Yoshida Suzuka font partie de ces personnes de talent formés au studio. Pour la chère Suzuka, ce n’est pas difficile, avec un père comme Tatsuo et un oncle comme Ippei, sa carrière était toute tracée. Celle-ci a développé pour le studio le personnage d’Akubi chan, qui apparaissait dans la série Hakushon Daimaho, mais aussi la famille délurée de Vampayan Kids.

Satô keiichi a eu la tâche plus ardue de donner un nouveau souffle au studio. Il a su offrir un univers aux créations que furent Generator Gawl et Soul Taker. Il est aussi le créateur de The Big O, pour le studio Sunrise et a travaillé sur certaines séries live de sentai, comme Gaoranger, Shuricaneger ou encore Abaranger, pour Tôei Compagny. Le studio continue de gérer ses licences et à les exploiter à grand coup de reboot et autres remakes.

En 2005, la société sera rachetée par Takara, grosse société de jouet connue pour ses robots et ses figurines, qui trouvent une mine de licences à réactiver. Takara sera ensuite repris par Tomy. C’est cette dernière, également connue pour ses jouets, qui détient à présent les droits des œuvres de la Tatsunoko. Des versions live des titres les plus connus sont produits ; l’OAV d’un projet original : Karas, obtient même un beau succès et le studio nous gratifiera d’une nouvelle série Beyblade.

Le studio Tatsunoko a laissé une trace indélébile dans l’horizon de la japanimation. On leur doit bon nombre d’autres grands studios d’animation créés par des anciens talents du studio Tatsunoko, comme I.G production ou le studio Pierrot. Ils ont été les seuls à démarcher le public américain à une époque où des studios comme Disney et Hanna Barbera avaient la main mise sur le marché. Nous émerveillant nous, le public français, avec des classiques du dessin animé que sont La Bataille des Planètes, Robotech, Shurato, les Samurai Pizza Cats et tant d’autres encore.

Alors pour ceux qui hésitent encore à travailler en famille, voyez donc ce que les trois frères Yoshida ont créé… “Simplement” un studio de légende !


L'article vous plaît ?
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *